Et maintenant ? Pour après…

Un blog en partie consacré à des opinions… et rien sur la pandémie hormis un petit témoignage de sympathie envers nos voisins italiens, début mars 2020. Hum… c’est peu.

De la pandémie, sur le plan sanitaire, je n’ai pas grand-chose à en raconter. Trop d’intervenants, trop de blabla non vérifiables, ou difficilement; bref… pas d’opinion arrêtée, juste quelques pistes qui chatouillent mes neurones, sans grandes convictions.

Pour ce qui est de l’impact politique, économique, social… là… c’est déjà un peu plus concret pour moi. Le social, le politique, l’économie sont des univers interconnectés, pour le meilleur comme pour le pire, thèmes qui titillent sérieusement mes neurones.

… Mais pour dire quoi que la majorité est prête à entendre… prête à comprendre et prête à accepter… Que quelle que soit la stratégie adoptée par nos gouvernements, nous sommes mal barrés? Qu’une fois la pandémie plus ou moins sous contrôle, c’est l’effondrement de l’économie, local comme mondial, qui s’occupera de nous donner le coup de grâce?

Et que les choses soient claires, si nous devons vraiment être dans de sales draps, la crise sanitaire actuelle n’endosserait que peu de responsabilités. Cette crise joue simplement un rôle de «déclencheur» sur le fragile équilibre de notre système économique mondialisé à l’extrême, un néolibéralisme qui nous est imposé depuis plusieurs décennies, qui n’a cessé de creuser l’écart entre riches et… nettement moins riches. Cette crise est le grain de sable annoncé par certains «effondristes», mais ce grain a quand même une bonne tête de gros caillou, prêt à fiche une sacrée pagaille.

Qui veut lire, écouter et admettre cela? Même bien étayés et bien démontrés, le déni rend ces propos inaudibles pour la plupart d’entre nous.

Alors je choisis aujourd’hui de m’exprimer sur un sujet précis, qui ne consistera pas à prédire notre fin, mais bien au contraire à proposer une solution. Ou plus modestement une idée, qui mériterait d’être creusée, débattue, même si je ne me fais guère d’illusions…

Avant de lâcher cette idée en pâture aux sceptiques et aux détenteurs de la pensée unique, j’aimerais d’abord planter le décor.

Avez-vous entendu parler de «la planche à billets» et de «l’hélicoptère à monnaie»? Dans la négative, une petite visite sur le Net s’impose… Et en note de fin d’article, je vous propose un extrait de la définition de la monnaie hélicoptère selon Wikipédia.

Comme pis-aller, les spécialistes éclairés (mode ironique) préfèrent la première variante, c’est-à-dire l’utilisation de la planche à billets, équilibrée d’un point de vue comptable pour les banques centrales, mais dès lors avec une augmentation de la dette publique lorsque cet «effort de guerre» est destiné à financer les services de l’État. La seconde variante, la monnaie hélicoptère, est jugée trop dangereuse car sans contrepartie et sans réelle maîtrise sur ses conséquences. Mais, dans les deux cas, on crée et distribue de la monnaie pour tenter de motiver une économie chancelante ou en panne. La crise des subprimes en 2007-2008 est un bon exemple d’un usage fort de la planche à billets. Mais l’économie réelle en a peu profité. L’économie de marché, des investisseurs, a cependant été sauvée. Mais pas vous, pas moi, qui voyons nos pouvoirs d’achat s’amenuiser année après année; ni l’artisan local, qui voit ses marges se réduire année après année; pendant que les grosses fortunes ne cessent d’augmenter depuis 2009. 

Cette fois-ci, avec la COVID-19 et le ralentissement des activités, les États ont vite compris (épatant!) que c’est l’économie réelle qui allait avoir besoin d’aides en priorité. Mais ces aides consistent en grande partie à faciliter l’obtention de prêts qui seront… remboursables.

… ou comment repousser un problème en espérant le miracle d’une reprise rapide de la croissance.

Nos gouvernements sont donc dopés à la théorie du V: chute rapide, récession sur une brève période; puis reprise rapide dès 2021 déjà. 

Les moins optimistes, que je qualifierais de plus réalistes, ne sont pas dopés au court-termisme et prévoient plutôt la théorie du L: chute rapide puis… on reste en bas, un certain temps, peut-être longtemps; rien ne va plus.

Alors voici l’idée: relancer et mettre au goût du jour le concept du revenu de base inconditionnel, grâce à l’hélicoptère monétaire. Voilà, les vilains gros mot sont lâchés. 

La classe moyenne supérieure, les bourgeois, ne veulent pas entendre parler de cette hérésie. Le principe même de permettre aux fainéants de recevoir un «salaire» leur est insupportable. Cela dit, ce sont ces mêmes bourgeois qui ont cessé, du jour au lendemain, de payer leur personnel de maison, dès la mise en place des règles de confinement. Ces salariés précaires, déjà avec des revenus de misère, mis à la rue, contraints à la soupe populaire… sont-ce des fainéants? Et les «working poor», des fainéants aussi? (Genève, patinoire des Vernets, distribution de nourriture, mai 2020)

À une échelle plus large, la Banque Nationale Suisse a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne mettra pas en route la planche à billets, pour injecter gratuitement de la monnaie dans l’économie réelle, afin d’amoindrir les effets de cette crise. Pour compléter le tableau, elle vient d’annoncer qu’elle pourrait bientôt encore abaisser son taux directeur, c’est-à-dire les intérêts interbancaires qui sont pourtant déjà négatifs. La BNS préfère donc, semble-t-il, poursuivre la politique du crédit facile pour doper l’économie. Dont acte! Mais pourquoi cette frilosité?

Parce qu’utiliser les rouages de la planche à billets, et surtout de l’hélicoptère à monnaie, a des conséquences imprévisibles, perverses, pouvant survenir par surprise plusieurs mois après leur mise en œuvre. 

Les conséquences sont un risque d’inflation conjugué à une dévaluation de la monnaie pour les États se risquant à ce périlleux exercice. Résultat attendu: Hyperinflation, game over, fin de partie! Ça fait peur.

Certes! En distribuant de l’argent trop facilement, le risque premier est de créer un déséquilibre entre l’offre et la demande. Et qui dit plus de demandes que d’offres, dit inflation.

Oui… mais non! Parce que, entre-temps, COVID-19 est passée par là…

Une récession est inéluctable. Mais pour combien de temps? L’économiste qui prétend le savoir est soit un incompétent, soit un menteur au service d’une grande banque, d’une multinationale ou d’un gouvernement. 

Un revenu de base inconditionnel, calculé judicieusement, permet sans aucun doute un maintien de l’équilibre entre l’offre et la demande. Les artisans, les agriculteurs, les PME peuvent continuer à produire, à travailler, pendant que la population peut continuer à manger à sa faim. 

Et aussi, ce qui est un argument non négligeable, le chaos social est évité.

Pendant ce temps, l’État ne s’est pas surendetté, pour l’aide sociale par exemple, et peut par conséquent poursuivre ses investissements et ses dépenses dans les services publics. Les impôts alimentent raisonnablement les caisses, puisque la consommation et la production, de biens et de services, restent raisonnablement équilibrés.

Bon… d’accord… nous subirons quand même une récession. Alors, pour adhérer à ce concept de revenu de base, il est nécessaire d’admettre que nous n’échapperons pas à cette récession. D’admettre que toutes stratégies, toutes mesures prises selon des méthodes «traditionnelles» n’empêcheront pas un fléchissement fort de notre économie. Et limiter cette récession par des moyens classiques, pour autant que cela fonctionne, laisserait sur le carreau les plus faibles avec un retour à la case départ, mais en moins bien qu’avant.

Et bien sûr, même dans le meilleur des mondes, dans lequel une société resterait malgré tout équilibrée et relativement stable, les smartphones et autres biens dispensables subiront, eux, une forte inflation, puisque leur production ne sera jamais locale à un coût que nous connaissons aujourd’hui. Est-ce vraiment un problème? N’est-il pas temps de changer de paradigme? De toute manière, la baisse de la demande à l’échelle mondiale réglera d’elle-même la question de la production d’un nouveau gadget tous les six mois. Apple pourrait devoir fortement réduire sa voilure…sans pour autant aller jusqu’à se confiner au fond d’un garage (petit clin d’œil pour ceux qui connaissent l’histoire de la marque à la pomme).

La production et consommation d’énergie? Si je reste sur l’exemple de la Suisse, les ressources sont suffisantes pour alimenter une société ralentie, mais saine. Énergie plus chère, sans doute, mais consommation réduite; donc maintien d’un équilibre raisonnable. Certes, dans le contexte d’une certaine décroissance forcée, l’énergie est un sujet chaud-bouillant. Mais faisons preuve d’un peu d’optimisme…

Les coûts de la santé? C’est un problème tout autant pointu… Mais il existe des pistes pour un système de santé pensé autrement. Et tenter de m’attarder sur le sujet maintenant rendrait cet article encore plus difficile à lire qu’il ne l’est déjà.

Les multinationales et ses actionnaires? Voués à se réinventer ou à disparaître. Le néolibéralisme était déjà mourant avant la pandémie. À présent, il est mort. Mais «ils» ne le savent pas encore, le déni étant proportionnel à la fortune, semble-t-il. Et si ce système survit malgré tout? C’est que les décideurs auront privilégiés les plus gros, les très puissants, dans leurs plans de sauvetage; ceci bien évidemment au détriment de la population. Donc là aussi retour à la case départ. Mais cette fois en ayant bien consciencieusement fertilisé le terrain du chaos social qui s’ensuivrait.

Le commerce extérieur? L’exportation et l’importation? Un modèle équilibré ne l’empêche pas, mais à une échelle plus raisonnable, plus régionale aussi. Comme déjà dit, les multinationales doivent se réinventer ou mourir. Après tout, ce sont ces multinationales qui contribuent à la surexploitation, à la surpollution et à la surpauvreté dans le monde.

Ces multinationales sont pourtant pourvoyeuses d’emplois et d’apports fiscaux ? Pour le travail, le revenu de base règle une bonne partie du problème et de nouveaux secteurs d’emplois seront naturellement créés, plus proches de nos besoins fondamentaux, plus proches de nos besoins du moment, l’histoire l’a déjà prouvé (dès que l’homme a été remplacé par la machine, de nouveaux métiers ont émergé). Pour les apports fiscaux, j’ai envie de rigoler. Les multinationales placent leur siège social là où elles paient peu ou pas d’impôts. Il en va de même pour les grands actionnaires quant à leur domicile fiscal. Alors… À qui profite le crime?

Il ne reste donc plus que la question de la dévaluation de la monnaie pour l’État qui se risquerait à faire voler l’hélicoptère ou à faire surchauffer la planche… 

Partant du fait que l’idée est quand même de généraliser le concept du revenu de base, les devises, comme l’inflation, devraient rester de facto équilibrées entre les Nations.

Mais admettons, pour la petite histoire, que seul un pays comme la Suisse tente le coup et prenne ce risque sans réels précédent. Ben… les feux sont au vert. Cela fait plus d’une décennie que la BNS transpire pour maintenir un franc suisse concurrentiel. Le franc suisse est trop fort? Laissons-le donc se dévaluer tout seul…

Une dévaluation raisonnable d’une devise forte ne devrait donc pas être un gros problème… 

Voilà… Une solution simple, pas forcément si utopique que cela, et de toute façon pas plus inepte que croire que demain sera comme hier.

En résumé, l’occasion est unique. Si nous la laissons passer, nous risquons fort de boire la tasse. Et pas en 2050 ou 2100 à cause du réchauffement climatique, mais demain matin.

Le revenu de base inconditionnel est, par conséquent, une partie de la solution. Et pas des moindres. Je suis convaincu de ses vertus durables pour des sociétés qui ont grand besoin de modifier leurs trajectoires économiques et sociales… et accessoirement commencer à s’occuper réellement des questions du climat, sujet comme par hasard un peu oublié en ce moment par nos politiques. Déjà qu’ils avaient de la peine à s’en préoccuper «avant»…

Ce sera tout pour aujourd’hui.

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Définition et explication de l’hélicoptère monétaire, source Wikipédia :

L’Hélicoptère monétaire ou «monnaie hélicoptère» est un type de politique monétaire consistant, pour une banque centrale, à créer de la monnaie et de la distribuer directement aux citoyens, à la manière d’un dividende citoyen. L’idée est devenue célèbre grâce à l’économiste américain Milton Friedman en 1969, qui avait utilisé cette image comme une expérience de pensée, sans toutefois en préconiser la mise en pratique. À partir de 2012, certains économistes ont rebaptisé l’idée «quantitative easing pour le peuple».

De façon plus générale, on parle d’hélicoptère monétaire à propos de toute augmentation de la dépense publique — ou de baisse des impôts — qui n’aurait pas pour contrepartie une augmentation de l’endettement de l’État. Formellement, la situation est semblable à une monétisation de dette par la banque centrale: le gouvernement émettrait des bons du Trésor pour financer une relance budgétaire, bons qui seraient achetés par la banque centrale, qui s’empresserait de les «annuler» (rayer de ses comptes). À la différence de ce qui se passe avec le «quantitative easing», la nouvelle monnaie créée (de fait, par le Trésor) ne serait plus confinée au seul marché interbancaire — dont le taux d’intérêt ne serait donc pas affecté. La quantité de monnaie banque centrale, la base monétaire, ne serait donc pas modifiée — sauf, peut-être, en ce qui concerne les espèces, qui en sont une faible partie. Si elle voulait, par exemple, remonter son taux directeur, la tâche de la banque centrale serait facilitée, la base monétaire qu’elle chercherait à diminuer dans ce but serait plus restreinte que dans le cas du «quantitative easing» — qui se traduit par une augmentation de cette base (achat de titres).

2 thoughts on “Et maintenant ? Pour après…

  1. Guy says:

    Salut Gil,
    Bravo pour l’effort ! Bien entendu le commentaire et oui et non à tous les paragraphes (ou presque). Une armée “d’experts” seraient prête à donner une “ch…” de théories destinées à prouver autre chose ou le contraire, etc
    Le réchauffement clim. devrait être la base de la vision de demain (pas après-demain) et, à ce sujet, la mondialisation est indispensable, la pollution n’ayant pas frontière(s).
    Toujours à ce sujet, l’utopie est également mondiale. Un petit exemple qui dit en tous les cas beaucoup de choses. L’Egypte a dépassé 100 mio. d’âmes, la “production” est plus rapide que la propagation du covid19. Le premier dirigeant du pays, musulman lui-même, dit que ce n’est plus possible alors même que les femmes musulmanes n’ont un “mot à dire “que lors de leurs menstruations cela s’appelle pulluler. A vingt autour d’une tarte pour quatre “va y avoir du suif”, non ?
    En ce qui me concerne, sans un miracle, comme disait Raymond Devos au sujet de l’artiste en équilibre sur une planche pourrie, en pleine mer, difficile de voir le malade se rétablir dans un délai aussi court qu’il paraît l’être.
    Amicalement

    Guy

    Répondre
    1. Gil says:

      Merci Guy pour ton commentaire. L’appréciation “Oui et non” n’est pas une surprise et est somme toute normale et logique 😉

      Je partage ta vision sur la problématique de la surpopulation, qui est un vaste sujet à lui seul, avec bien sûr une forte interaction avec la cause du climat et d’autres problématiques, telle que la pauvreté, la famine. Mais le sujet est trop complexe pour moi. Et les Chinois se sont plantés avec leur tentative de régulation des naissances. Mais, surtout, c’est un sujet éthiquement très délicat.

      Et oui, parfaitement d’accord aussi sur l’urgence climatique qui devrait être la priorité. La mondialisation dans la mise en œuvre des solutions est effectivement indispensable… mais a fort peu de chance de se concrétiser.

      Quant à l’armée d’experts que tu cites et qui se ferait une joie de démolir ma théorie du revenu de base inconditionnel, je l’attends de pied ferme!

      Plus sérieusement, c’est clair que je me suis risqué sur un terrain fort pentu et particulièrement glissant. Mais quand je lis les solutions proposées qui commencent à émerger, venant d’experts appartenant à l’armée déjà citée, j’ai l’arrogance de penser que ma théorie en vaut bien une autre.

      Exemple lut ce jour (le hasard est rigolo, parfois): Sur Heidi.News, média numérique helvétique très sérieux, une petite analyse est proposée sur les différentes solutions pouvant permettre de régler, de façon indolore, la facture fédérale de la crise.

      Un tout petit paragraphe aborde par ailleurs la solution de la planche à billets; pas exclue, mais fort peu probable, les experts redoutant justement l’inflation et une déstabilisation de l’économie. Je retiens une chose: Le sujet est abordé et n’est donc pas forcément si tabou que cela…

      Mais ce qui m’a le plus interpellé dans cette analyse en est la conclusion présentée comme étant la seule option possible, à savoir modifier notre loi sur le surendettement de l’Etat, qui prévoit un épongement d’une dette provoquée par une crise sur six ans, et l’étendre sur une période de 30 ans.

      Ce sont des économistes qui préconisent cette solution. Donc forcément des spécialistes bien plus qualifiés que moi. Je vois pourtant deux magnifiques incohérences dans cette proposition:

      1) Pour étaler la dette de cette crise sur 30 ans, il faut partir du principe que, après ce coronavirus, l’avenir sera radieux et exempt de toute nouvelle crise, qu’elle soit sanitaire, financière, économique, politique, climatique, sociale… pendant trois décennies. Pour des spécialistes, miser sur un monde sans problèmes pour les 30 prochaines années me semble quelque peu audacieux…

      2) Qu’il faut également partir sur le principe que l’État générera des excédents budgétaires, comme ce fut le cas ces dernières années, pour chacune de ces 30 prochaines années. Cela sous-entend donc que notre économie ne subira pas les conséquences de cette crise, que tout ira normalement bien dès la fin de cette année et que rien ne viendra perturber les rentrées fiscales ces 30 prochaines années. Là, ce n’est plus de l’audace, mais de l’aveuglement.

      Répondre

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