Rouen… La catastrophe de Lubrizol minimisée par l’Etat. Une surprise ?

Actualité oblige, je “casse” l’ordre prévu de mes articles.

Je vous propose le témoignage d’un ami vivant et travaillant à Rouen depuis de nombreuses années. Par son activité professionnelle, il connait bien les rouages politiques de la capitale administrative de Normandie.

Voici ce qu’il m’a communiqué, par courriel, lorsque je lui ai demandé comment ça se passait chez lui aux lendemains de l’incendie annoncé par les médias:

Le coup fumant de Lubrizol ne m’a pas trop dérangé sur la rive gauche, car les vents ont poussé les nuages vers la rive droite et le nord de Rouen. 

En tout cas jusqu’à aujourd’hui (lundi 2 octobre)… car les vents ont tourné… et ça pue! Une odeur forte de pneu brulé.

Je tente un bref résumé :

La gestion de crise a été très mauvaise. L’incendie s’est déclenché avant 3h du matin
(Jeudi 26 septembre), les accès à la zone industrielle ont été fermés vers 6h et seulement quelques communes autour de l’usine ont fait sonner les sirènes pour informer la population vers 8h… pendant ce temps, les gens vivaient leur petite vie habituelle pour aller au travail et accéder au centre-ville en voiture, sous le nuage et les retombées de suies… Donc, aucune précaution. Mon employeur nous a dit à 9h de ne pas venir travailler, alors que notre bâtiment principal se trouve à 700 m de l’usine, sous le panache de fumée … Forcément, sans instructions, les plus insouciants étaient déjà dans leur bureau. Le lendemain, le préfet nous dit que tout va bien, qu’il n’y a pas de risque de toxicité et même que la qualité de l’air était redevenue la même que d’habitude !!! Le samedi matin, sur les marchés, les maraichers du coin vendaient tranquillement leurs légumes cueillis la veille dans leurs champs situés dans le périmètre du nuage… C’est seulement le samedi qu’on leur demande de ne pas vendre le lait, les légumes, etc…

Le jeudi en fin de matinée, il y eut une forte pluie qui a transformé les suies en galettes d’hydrocarbure bien grasses. Les façades sont noircies, les réservoirs d’eau de pluie sont gras, etc… 

Pour éteindre l’incendie, entre 150 et 200 pompiers ont été mobilisés. Les 3/4 protégeaient le périmètre de l’incendie qui pouvait se propager vers les sites autour (silos à blé et à sucre, pipelines qui passent sous une usine d’engrais, équipements radioactifs au sein de l’usine, etc.)… une énorme bombe prête à exploser ! 

Entre temps, on apprend que le préfet a autorisé deux fois cette année l’extension du volume de stockage, sans études d’impact environnemental (le gouvernement a assoupli les règles en matière d’environnement).

Les différentes analyses d’air et de matières, commandées par des associations, des syndicats, les agriculteurs, etc. commencent à sortir. Ce n’est pas beau à voir et contredit largement les propos des autorités. Par exemple, les pompiers auraient respiré plus de 100 fois le seuil haut de certains gaz reconnus cancérigènes (selon un standard de mesures dans les raffineries françaises pour la protection des travailleurs). On nous révèle aujourd’hui que le cocktail de produits incendiés a généré des dioxines qui sont forcément cancérigènes et qui génèrent des malformations… Tout cela était évident pour les chimistes… Les odeurs que nous sentons aujourd’hui sont des gaz toxiques issus des résidus de combustion du site sinistré et des quelques centaines de bidons fuyards. Il faudra une bonne semaine pour réussir à contenir les odeurs.

L’industriel nous dit qu’il est pressé de refaire travailler ses employés et de reconstruire. Ce même industriel a été condamné à payer une amende de 4 000 € en 2013 pour une importante fuite de produit toxique ressentie jusqu’à Paris.

Le maire de Rouen nous dit, je résume, que le risque zéro n’existe pas et que la vie normale doit reprendre… Il dit également que cet industriel contribue à améliorer l’environnement en produisant des additifs pour les carburants en vue de réduire la pollution des voitures… Le plus fort, c’est que les politiques locaux se vantent de construire l’un des plus gros “éco quartier” de France, à côté de cette usine !!! 

Il faut savoir que cet industriel est le plus gros exportateur de produits industriels de Rouen, on en déduit donc les mannes financières pour les collectivités.  

Et le gouvernement nous dit que tout va bien… Les gens ne sont pas dupes, les mensonges sont évidents. Donc encore une crise de confiance envers les autorités.

Donc drôle d’ambiance à Rouen, entre incertitudes, doutes, mensonges, inconforts, etc… Affaire à suivre. En tout cas, j’envie l’air pur de la Suisse 😉
(ndlr: cette dernière phrase n’engage que lui…)

Ce sera tout pour aujourd’hui.

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